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Salle Louis-Fréchette
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Jean-Michel Blais était prêt à créer une œuvre épique. mirador, le quatrième album du pianiste-compositeur, voit le Montréalais tourner son regard vers un monde merveilleux — troquant le minimalisme contemporain pour un maximalisme léger et généreux. C'est une odyssée qui traverse les chorales, les cordes et la musique des Andes, des grottes espagnoles aux forêts estoniennes, pour revenir tout droit au sous-sol de Nicolet, au Québec, où Blais a imaginé ses premières aventures.
Après 375 millions d'écoutes en continu et les plus grands concerts de sa vie, les origines de mirador proviennent de souvenirs d'enfance. En tant qu'enfant mélomane et — même s'il n'en était pas encore pleinement conscient à l'époque — en tant que personne queer et atteinte du syndrome de la Tourette, le sous-sol de Blais était son poste d'observation imaginaire, son « mirador », d'où il pouvait rêver le monde. Là, il parcourait avec émerveillement les pages d'un dictionnaire Larousse, jouait sur l'orgue Hammond bon marché de la famille et réécoutait en boucle les mêmes cassettes. Pour l'album aubades en 2022, Blais avait commencé à expérimenter l'orchestration. Cette fois, il a été attiré par la promesse de la voix humaine, du chant comme un « instrument pur ». Travaillant depuis l'îlot central plutôt frêle de sa cuisine d'appartement, Blais a conçu un chœur à 12 voix, sans paroles. Rapidement, avec l'aide de William Brittelle (Pharmonique de LA, The National), il a réuni un chœur de chanteurs baroques, puis a ajouté un quatuor à cordes composé de ses amis.
Composer ce matériel « a libéré quelque chose », confie Blais. L'une de ses cassettes d'enfance préférées était un enregistrement pirate de musique des Andes, capté à la radio. Ses parents, danseurs de salon amateurs, avaient appris à leur fils à danser la salsa, le mambo et le cha-cha. Il a appris l'espagnol en autodidacte et a été si bouleversé par son premier voyage en Amérique centrale qu'il a voulu quitter le conservatoire de musique et donner tous ses biens. Tout au long de sa vingtaine, Blais a séjourné au Nicaragua, au Guatemala et en Argentine, tombant amoureux de la chanson folklorique traditionnelle andine, en particulier d'artistes comme Los Kjarkas et Charijayac.
Pour ce projet, Blais a recruté Tulio Velazco Villagra, un Montréalais ayant grandi sur les rives du lac Titicaca et maître des instruments andins comme la zampoña. Ailleurs, sur des pièces comme « laulasmaa », il s'est inspiré de ses rencontres avec le compositeur Arvo Pärt lors d'une résidence en Estonie. Lentement, mirador est devenu comme les pages que l'on tourne d'un livre de contes : un voyage à travers le temps, sillonnant le globe, puisant ses influences aussi bien chez Ariel Ramirez que chez TLC, ou de Beethoven à Portishead. L'album finalisé s'apparente à un poste d'observation imaginaire. De la rêverie andine de « carnavalito » au choral sacré de « kyrie » (ou s'agit-il d'un chant de marins ?), c'est un rappel que même en partant de rien, on peut créer tellement de choses. Sur mirador, Jean-Michel Blais offre un chemin de retour vers l'enfance : découpez une couronne dans un morceau de papier et soudain, vous possédez un royaume.
- Une présentation du Grand Théâtre de Québec