Photo de la chronique
Photo : Ballets Jazz Montréal - Crédit : Cylla von Tiedemann

Considérée comme le mode d’expression universel, la danse est avant tout l’art du mouvement. Il faut remonter aux origines de l'humanité pour en saisir les premières manifestations, alors que quelque 30 000 ans séparent les silhouettes dansantes gravées sur les roches de Bhimbetka en Inde des motifs modernes ciselés dans le ciment de la célèbre murale de Jordi Bonet au Grand Théâtre de Québec.

Cet art a d’ailleurs trouvé, dans cet édifice spectaculaire, une demeure à sa mesure. En janvier 1971, au lendemain de la soirée de gala de son ouverture officielle, c’est un spectacle de danse qui lançait la programmation du tout nouveau Grand Théâtre de Québec, sous l’impulsion visionnaire de son premier directeur général, Guy Beaulne, et de son acolyte Ulric Breton. En accueillant le foudroyant ballet-rock Tommy des Grands Ballets Canadiens, adapté en 1970 par Fernand Nault à partir de l’opéra-rock du groupe britannique The Who, la scène de la désormais prestigieuse salle Louis-Fréchette scellait un pacte durable avec l'art chorégraphique, amorçant ainsi plus de cinquante ans de découvertes et d'émerveillements culturels.

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Extrait de la murale de Jordi Bonet au Grand Théâtre

Photo : Louise Leblanc

Dans les années 1960, même si la vie culturelle de la capitale bouillonnait déjà dans des salles réputées du Vieux-Québec comme Le Capitole ou le Palais Montcalm, la musique, le théâtre et la danse vivaient une grande précarité logistique, notamment en raison de l'absence d'une résidence permanente dotée d'équipements techniques à la hauteur de leurs aspirations créatives. Pour doter Québec d'un complexe artistique moderne qui saurait soutenir la culture et ses organisations phares, le projet du Grand Théâtre de Québec s’imposait comme une nécessité.


Des géants
du mouvement

Dès cette année inaugurale, les jalons d’une grande tradition s’imposent. Très vite, la capitale est devenue une escale privilégiée pour des géants mondiaux de la danse classique et contemporaine : la visite historique du Ballet Bolchoï en 1974, la magie du Kirov de Leningrad, la rigueur du Ballet national de Kiev, la prestigieuse compagnie américaine de Martha Graham ou, au tournant des années 2000, l'énergie de la formation espagnole Talent Danza Ballet Español, en sont des exemples éloquents. La présentation de Casse-Noisette dans la version mythique de Fernand Nault par Les Grands Ballets Canadiens qui s’installe aux deux ans comme une tradition incontournable des Fêtes, et ce, depuis plus de cinq décennies, en est un autre exemple frappant.

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Photo d’archives de Casse-Noisette

Photo : Gracieuseté des Grands Ballets Canadiens

Parallèlement à cette effervescence internationale, la scène locale prenait racine grâce aux pionniers d'ici. Dès 1976, Chantal Belhumeur et Claude Larouche ont fondé Danse Partout pour structurer la création contemporaine, venant ainsi compléter le travail classique amorcé à la fin des années 1960 par les Ballets Kataline Molnar, et permettant de développer un public connaisseur et passionné.


Une vision
inébranlable

Lorsque les années 1990 sont frappées par de substantielles coupures budgétaires qui ont amené plusieurs diffuseurs à se désengager de la présentation de la danse, le Grand Théâtre a fait le choix courageux de maintenir sa confiance envers la discipline. Cette constance s’est ensuite poursuivie avec ferveur sous l’égide de Michel Côté. Employé par l’organisation aux communications en 1988, puis nommé directeur de la programmation de 1999 jusqu’en 2022, ce dernier a insufflé une vision artistique profondément humaniste et audacieuse qui valorise la création et défend les artistes d'ici comme d'ailleurs dans toutes les disciplines. Cette vision inspirante est aujourd’hui poursuivie par son successeur, Jean-Claude Anto, et permet de voir défiler au Grand Théâtre des créations d’exception, notamment en danse.

Au fil des décennies, le public a ainsi eu accès à de nombreux spectacles de la renommée chorégraphe Marie Chouinard, à la danse extrême et déjantée de La La La Human Steps et sa fabuleuse interprète Louise Lecavalier qui ont propulsé la discipline auprès d’un plus large public, à des créations de la compagnie israélienne Batsheva, à plusieurs propositions poignantes de Margie Gillis ou à d’autres œuvres dont celles d'Hofesh Shechter, de Guillaume Côté et des Ballets Jazz Montréal.

Parmi les spectacles marquants, rappelons-nous les deux passages, en 2009 et 2018, de Sidi Larbi Cherkaoui et les moines du temple Shaolin qui avaient marqué les esprits en offrant Sutra, un ballet pour dix-sept moines bouddhistes maîtres de kung-fu, manipulant des boîtes de bois pour créer une stupéfiante mise en scène. La salle Louis-Fréchette était alors survoltée.

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Sutra de Sidi Larbi Cherkaoui | Joe de Jean-Pierre Perreault sur le tarmac de l’aéroport de Québec, 1994

Photo : Hugo Glendinning | Louise Leblanc

Présenté à deux reprises au Grand Théâtre, le spectacle-choc Joe de Jean-Pierre Perreault a littéralement bouleversé le public grâce à ses trente-deux danseurs anonymes incarnant l'angoisse et la soumission d'un univers orwellien. Ce chef-d'œuvre chorégraphique confrontait avec une puissance inouïe le spectateur à sa propre condition humaine, tout en y laissant poindre une lueur d'espoir.


Enlacement
des disciplines et ancrage dans le milieu

La scène du Grand Théâtre s'est également affirmée comme un terrain de jeu privilégié pour l’hybridation des disciplines, voyant la danse se nouer avec le théâtre, le cirque, la musique ou même la chanson, comme c’était le cas pour la production Danse Lhasa Danse créée par PPS Danse en hommage à la chanteuse disparue. 

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Danse Lhasa Danse par PPS Danse, édition 2013

Photo : Jean-François Leblanc

Des propositions chocs comme Le dortoir de Gilles Maheu, l'audacieuse danse-théâtre d'Alain Platel, les explorations scéniques de Robert Lepage (Éonnagata) ou l'univers onirique de Crystal Pite (The Tempest Replica) ont repoussé les frontières du genre, tout comme les magnifiques productions multidisciplinaires aujourd'hui créées pour le jeune public. Un autre exemple frappant a été le spectacle réunissant les huit musiciens du groupe post-rock montréalais Godspeed You! Black Emperor qui jouaient sur scène durant le spectacle de danse Monumental de la compagnie de danse contemporaine The Holy Body Tattoo, de Vancouver. Plus récemment, le succès retentissant de l’œuvre collective Minuit quelque part réunissant huit chorégraphes — dont Lydia Bouchard et Merryn Kritzinger — et dix interprètes venus du classique, du contemporain et du street dance, est venu témoigner de la vitalité de la création actuelle.

Cet engagement dans le milieu s'illustre également par une collaboration étroite depuis 2016 avec La Rotonde, diffuseur spécialisé en danse contemporaine à Québec, ainsi que par la création du Prix Fait à Québec, en 2023. Initié conjointement par le Grand Théâtre et le Groupe Danse Partout (réunissant L’École de danse de Québec, La Rotonde et la Maison pour la danse), ce prix exceptionnel vient combler l'absence de distinctions dédiées à la danse à Québec et à Wendake en célébrant l'excellence sous toutes ses formes, de la chorégraphie à la médiation culturelle, en passant par l'enseignement et la création in situ.


L’aventure se poursuit

Ancrée sur ces fondations éprouvées et d'une richesse exceptionnelle, la danse continue de s'écrire au présent et de s’élancer avec optimisme vers l'avenir au Grand Théâtre de Québec. La prochaine série Danse promet d'ailleurs d'embrasser cette diversité chorégraphique à travers quatre grands rendez-vous étalés durant la saison.

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MAGNIFICAT de la Compagnie Marie Chouinard

Photo : Sylvie-Ann Paré

Franchissez les portes du Grand Théâtre et laissez-vous emporter par la magie de la danse : nos salles n'attendent plus que vous pour vibrer au rythme de ces chefs-d'œuvre vivants!

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