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Photo : Magnificat de la Compagnie Marie Chouinard – Photo Sylvie-Ann Paré

La danse de Marie Chouinard se nourrit souvent d’autres formes d’art. Musique, livre et dessins prennent corps dans ses œuvres MAGNIFICAT et Henri Michaux : Mouvements qui seront présentées cet automne au Grand Théâtre.

Ce programme double de la Compagnie Marie Chouinard réunit deux intérêts longuement mûris qui traversent le répertoire de la chorégraphe québécoise : celui pour la musique classique, avec Les 24 préludes de Chopin et Gymnopédies et un amour profond des arts visuels, avec In Museum, Jérôme Bosch : le jardin des délices, ou encore Jardin de sculptures éphémères.

À l’affiche le 14 octobre, l’œuvre MAGNIFICAT, créée l’an dernier, s’appuie sur le cantique liturgique de Jean Sébastien Bach, alors que sa pièce Henri Michaux : Mouvements, qui circule depuis 2011, est une interprétation scénique du livre d’art de l’artiste belge qui était composé d’un poème et de dessins à l'encre de Chine.

Bien qu’indépendantes et créées à près de 15 ans d’intervalle, les deux pièces s’arriment naturellement. « On a dansé ce programme-là à Paris en décembre dernier, raconte Marie Chouinard. Ça a vraiment été un événement, les gens ont adoré les voir ensemble. »


L’émotion du père et la joie de créer

Le lien de Marie Chouinard avec la musique de concert remonte à son enfance. À l’époque, les fins de semaine, le salon devient une zone sacrée où son père s’installe pour écouter de grands concerts. Un jour, elle l’observe, et constate qu’il pleure. Évoquer ce moment la remue encore aujourd’hui. « Je trouvais ça extraordinaire que quelqu’un puisse aimer ça au point d’en pleurer. Ça m’a laissé un souvenir très puissant. »

Ses années de formation en ballet classique s’écoulent au son de concertos et de sonates joués au piano dans la salle de répétition. « Dans ma création, toutefois, l’utilisation de la musique classique est assez anecdotique, précise Marie Chouinard. Il n’y a peut-être que six ou sept pièces sur tout mon répertoire où j’utilise des partitions déjà existantes, mais c’est toujours avec grande joie. »


Prête pour Bach, sans remix

Elle couve l’idée de chorégraphier sur des compositions de Bach depuis longtemps. Pour bODY_rEMIX/les_vARIATIONS_GOLDBERG, en 2005, elle demande à Louis Dufort, son collaborateur de longue date, de remixer la musique, et y intègre des enregistrements de la voix du pianiste Glen Gould. « C’est comme si je n’avais pas osé aller purement et simplement dans la musique de Bach à ce moment-là », note-t-elle. Vingt ans plus tard, elle sent qu’elle peut enfin plonger dans ce déferlement d’intelligence et d’émotion grandiose. Au-delà du récit biblique de l’Annonciation faite à Marie, le Magnificat fait rayonner un moment de grâce et de félicité. « Cette musique redit la joie de l’union totale, d’un lien avec quelque chose qui est plus grand que soi, que ce soit la nature, le cosmos ou peu importe », explique-t-elle.

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bODY_rEMIX/les_vARIATIONS_GOLDBERG de la Compagnie Marie Chouinard

Photo : Klaudyna Schubert

L’œuvre de Bach nécessite un chœur à cinq voix et un orchestre. Pour la chorégraphe, les voix humaines y agissent comme « des instruments de musique qui respirent et qui disent des mots ».


Des auréoles comme lumières verticales

Torse nu, les interprètes du Magnificat de Marie Chouinard portent un ensemble asexué : une longue culotte couleur chair et une auréole dorée, dont l’intérieur rappelle de la paille. « Tout le costume est là, indique la créatrice, qui signe souvent la conception des costumes de ses spectacles. Je trouve ça magnifique de les voir sur le plateau avec cette forme qui attrape les lumières qui les aspirent vers le haut. »

Imaginer des éléments scéniques, en plus de la chorégraphie, lui donne l’impression de peindre un grand tableau. « Ça ajoute à mon plaisir de créer, et ma vision devient plus complète », note-t-elle.


Faire danser des taches d’encre

L’œuvre à l’origine de l’autre pièce au programme, Mouvements d’Henri Michaux, est un recueil de 64 dessins et un poème. Marie Chouinard l’a parcouru régulièrement pendant 20 ans avant de réaliser qu’il pouvait s’agir d’une partition chorégraphique. Dans le studio blanc, elle habille les danseurs en noir et tente de trouver avec eux comment incarner les taches d’encre de Michaux. Après quelques pages, elle constate qu’elle peut placer trois corps pour former un seul dessin, ou démultiplier celui-ci par un mouvement de groupe. « J’ai commencé à prendre de plus en plus de liberté. On a pu faire toutes sortes de jeux qui se sont développés, qui se sont amplifiés. C’est devenu une chorégraphie très complexe avec des entrées, des sorties et des raz-de-marée. »

Adaptation chorégraphique Mouvements
Extrait du livre Mouvements d’Henri Michaud jumelé à une illustration de la transposition chorégraphique de l’œuvre par la Compagnie Marie Chouinard

Photo : Compagnie Marie Chouinard

Un livre inscrit au répertoire vivant

Deux ans de travail ont été nécessaires pour établir la chorégraphie finale. Marie Chouinard ne transpose pas que les dessins, mais le livre complet, d’une couverture à l’autre. « C’est vraiment une mise en scène totale de l’objet », note la chorégraphe.

Le poème qui occupe les trois pages centrales est dit par un interprète. La postface, signée par Henri Michaux, devient une voix hors champ. La quatrième de couverture, où le noir et le blanc sont renversés, a inspiré un effet réalisé avec un stroboscope et un changement de costume.

Henri Michaux : Mouvements sera présenté dans sa version originale de 2011. Seuls les interprètes ont changé. « C’est toujours la même pièce. On n’a jamais arrêté de la danser, donc elle est toujours vivante, comme d’autres pièces de notre répertoire », souligne la chorégraphe. Pas de relecture, mais énormément de répétitions, pour que l’interprétation conserve son élan et sa précision.

Mouvements - Interprète Carol Prieur - Photo  Marie Chouinard

Pour l’amour des arts visuels

Pour Marie Chouinard, les arts visuels ont toujours été « la » forme artistique de référence. « La sculpture, la peinture, ça a toujours été ce qui m’a le plus inspirée, ce qui m’émeut le plus, affirme-t-elle. C’est peut-être pour ça que quand je suis devenue chorégraphe, ce fondement était là. » Ainsi, dès 1987, L’après-midi d’un faune découle directement des photographies de Adolphe Meyer montrant l’étoile russe Vaslav Nijinski, lui-même inspiré par les fresques égyptiennes. Le jeu des citations enrichit les lectures possibles des œuvres de Marie Chouinard, tout en inscrivant sa danse dans l’histoire de l’art.

Celle-ci présentera d’ailleurs une première exposition solo en 2027, intitulée De tout corps, au Musée des beaux-arts de Montréal. Une expérience immersive et multisensorielle regroupant divers médiums, où des danseurs seront présents quotidiennement.

« J’aime ces lieux de tranquillité, de silence. Les musées ressemblent un peu aux studios de danse. On entre là comme dans une cathédrale », observe celle qui voit la rencontre avec une œuvre comme « un dialogue des âmes ». Une expérience esthétique et mystique, où tout part du corps.

Marie Chouinard - Crédit Richard-Max Tremblay
Marie Chouinard – Photo : Richard-Max Tremblay


MAGNIFICAT et Henri Michaud : Mouvements de la Compagnie Marie Chouinard seront présentées le 14 octobre 2026 à 19 h 30 à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre.

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