Photo de la chronique
Photo : Sylvie-Ann Paré

Après le sublime Sacre de Lila, la compagnie montréalaise Destins Croisés présente V!TAL, un rituel mystique où la vie surgit. À voir en décembre au Grand Théâtre de Québec.

« Dans V!TAL, la vie apparaît, dans toute sa puissance, sa fragilité et son urgence », expose Ismaël Mouaraki. Le chorégraphe d’origine franco-marocaine, établi au Québec depuis près de 30 ans, façonne une danse faite de souffles, de liens et de forces vitales. Son terrain d’exploration : la condition humaine dans tous ses élans.

V!TAL devait d’abord s’appeler Enjoy et poser la joie comme acte de résistance. « Ça a beaucoup évolué. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est quelque chose de beaucoup plus profond qui est devenu la vitalité, qui porte une notion de nécessité, d’urgence », explique-t-il.


Du
Sacre de Lila à V!TAL

Alors que Le sacre de Lila, présenté au Grand Théâtre en 2024, puisait profondément dans sa culture marocaine, V!TAL élargit cette recherche vers une expérience plus universelle. « Il y a un parallèle, une sorte de continuité, entre les deux pièces. Je voulais aborder des sujets comme la transe, la spiritualité, la transcendance. Je pense que pour pouvoir parler d’universel, il faut déjà réussir à se comprendre soi-même. »

Le sacre de Lila était un rituel de guérison, alors que V!TAL est un rituel mystique. « J’ai grandi à la maison avec tout le monde qui chante et qui danse tout le temps. La famille, la tribu, la communauté, ça passe par le corps, le chant, le partage, le sourire, le surpassement. »

_DSF3932
Le sacre de Lila présenté au Grand Théâtre en Janvier 2024

Photo : Stéphane Bourgeois

La vie comme un long cri

Si la résilience est le fil conducteur de sa vie, l’énergie, elle, est le fil conducteur de sa danse. « La vitalité, c’est cette urgence dont chacun de nous a besoin pour traverser notre existence et la vivre pleinement », souligne celui qui a beaucoup travaillé cette notion avec les interprètes du spectacle. « J’aime cette idée de prendre conscience qu’on a tous une limite dans le temps. Pour moi, ça donne une valeur inestimable à ce qu’on peut faire avec notre corps. »

L’urgence suggère un long cri, intense et libérateur, comme le premier vagissement d’un nouveau-né. Ce que confirme le chorégraphe : « Cette pièce a un impact dès le début. C’est comme un cri qui dit de mordre dans la vie. Sur scène, les interprètes et les musiciens sont dans une intensité continue, physique, émotionnelle. »

10_V!TAL_@Sylvie-Ann Paré

Photo : Sylvie-Ann Paré

La meute et l’individu

V!TAL est porté par un groupe, presque toujours en scène, un trait typique du travail du fondateur de Destins Croisés. « C’est une meute humaine où tous vivent leur transcendance ensemble, avec des effets de catapulte. Il y a des individualités qui ressortent. La meute propulse l’individu, et les individus se soutiennent et se contaminent entre eux. »

Un laboratoire de création s’est déroulé à Tunis, en Tunisie. « J’avais besoin de connecter avec mon africanité, mon arabité, la communauté maghrébine, raconte Ismaël Mouaraki. Une diaspora de danseurs de rue et contemporains forme une nouvelle génération, avec une nouvelle ouverture. C’était vraiment intéressant de faire un laboratoire de création avec eux. » Pendant cette étape de travail, la notion de corps libérateurs et de corps libérés a gagné en profondeur. Les échanges ont aussi permis d’affiner les intentions musicales.


Matière sonore mêlée aux corps

La musique et la chorégraphie de V!TAL ont évolué ensemble, la matière sonore sculptant les mouvements des corps et vice-versa. « La musique contribue aux éléments fondamentaux dans mon travail : l’état de fatigue, l’euphorie, le surpassement, le relâchement. C’est un échange vivant, qui devient très puissant », note le chorégraphe.

Le batteur Olivier Cousineau et le bassiste et musicien électronique Olivier Landry-Gagnon (qui signe la conception musicale) font partie intégrante de la meute humaine qui évolue sur scène. Les rythmes, les sonorités et les vibrations presque souterraines s’arriment à un univers scénique qui reflète la transe, le monde intérieur et l’imaginaire des danseurs.

Danser en transe

Les interprètes de Destins Croisés ont des bagages en danse et des origines variées. Par des exercices, Ismaël Mouaraki les guide vers la transcendance et le surpassement de soi, mais ceux-ci doivent trouver leur propre chemin pour y accéder. « Lorsque l’interprète atteint un niveau de fatigue et accède à sa propre vérité, on le voit dans son interprétation, on le voit dans ses yeux, dans sa présence scénique, et ça devient charismatique », décrit-il.

L’influence de la danse de rue, qui fait partie de son propre parcours, apparaît seulement lorsqu’elle fait aussi partie de celui des danseurs. « J’ai dirigé des ballerines, des circassiens, des non-danseurs, des aînés. Mon acte chorégraphique, c’est de parler du monde, du peuple, de la communauté, de la condition humaine. »

Son approche, tout comme son propos, se veut inclusive et instinctive. « Pour moi, la danse contemporaine, c’est du souffle. C’est une personne, c’est un corps. J’essaie que le spectateur, quand il regarde, ne sente pas l’institution de la danse, mais sente que ça le concerne. Quand on parle de transcendance, de fatigue, de chute, ça l’interpelle. Ce sont des élans qu’on a tous dans nos vies. »

02_V!TAL_@Sylvie-Ann Paré
Sylvie-Ann Paré

V!TAL de la compagnie Destins Croisés sera présenté le 1er décembre à 19 h 30 à la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre. Le spectacle est une coprésentation de La Rotonde et du Grand Théâtre de Québec .

Plus récentes chroniques