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Photo : Stéphane Bourgeois

Portrait du nouveau chef du service marketing numérique

Casquette, sourire en coin, regard aiguisé et carnet de notes en main, Bruno-Clément Boudreault est prêt pour sa mission au Grand Théâtre : relier davantage les publics et les différentes offres artistiques grâce au pouvoir des données.

Celui qui a décroché le nouveau poste de chef du service marketing numérique constate que les lignes de son parcours professionnel éclaté convergeaient vers ce point précis. Le nouveau gestionnaire, nouveau quarantenaire, nouveau papa se sent sur son X, à la croisée du milieu culturel et des défis stratégiques.

Comme lieu pour en discuter, il choisit les divans confortables qui font face au vestiaire du Grand Théâtre, où se déroule le prélude de bien des rencontres entre public et propositions artistiques. Un endroit parfait pour observer à la fois la mécanique d’accueil et le profil de la clientèle avant les spectacles : un reflet de ce qu’il entend sonder sur le web, grâce à différents outils.

Rejoindre, autrement

Son arrivée marque une évolution naturelle dans la transformation numérique du Grand Théâtre. Après des années d’innovation, l’institution choisit d’approfondir son expertise en confiant à l’interne un rôle entièrement consacré au marketing numérique — un champ en mouvement constant.

Il ne prétend pas tout savoir. « Je veux prendre le temps d’observer, d’apprendre, de bien m’intégrer dans l’équipe et dans les opérations, parce que je ne suis pas un expert du monde du spectacle. Alors je pose beaucoup de questions, et je vais probablement continuer d’en poser pendant toute ma carrière au Grand Théâtre. »

Une équation à résoudre

Ce qui le frappe d’emblée dans son nouveau milieu de travail, c’est la richesse de l’offre : opéra, danse, musique, humour, théâtre, artistes établis et de la relève, propositions grandioses et intimistes. Autant d’univers, autant de publics.

« On ne fera pas la promotion d’un spectacle de la relève au STUDIOTELUS de la même façon qu’un spectacle d’opéra, note-t-il. Il y a différentes clientèles et il faut trouver le moyen de les rejoindre au bon endroit de la bonne façon. »

Explorer les manières de résoudre cette équation l’enthousiasme. Il se reconnaît d’ailleurs dans cette clientèle qui pourrait être ciblée différemment. « Je suis venu plusieurs fois au Grand Théâtre comme spectateur, je me rappelle y avoir vu Jean-Leloup en 2015, par exemple, mais je ne connaissais pas toute l’offre. Je représente une clientèle potentielle. »

Bruno-Clément Boudreault LF
Photo : Stéphane Bourgeois

La curiosité comme guide

Son esprit curieux et ce besoin de trouver des réponses sont les fils conducteurs de sa trajectoire professionnelle. « J’ai un parcours en zigzag, avec 8000 affaires qui semblent ne pas avoir de rapport entre elles », admet Bruno-Clément Boudreault. Il s’est toujours laissé guider par ses passions multiples et le désir d’essayer, de défricher, de susciter l’intérêt des gens pour des expériences, des lieux ou des objets.

Après des études en politique, en économie et en urbanisme, il commence sa carrière en tant qu’agent de développement local sur la Côte-de-Beaupré, où il a entre autres moussé le circuit d’agrotourisme du Parcours gourmand.

Une aventure entrepreneuriale

Ensuite, il a suivi sa passion des trouvailles et des histoires en fondant Si les objets pouvaient parler. Cette boutique vintage à la croisée des arts visuels et du commerce en ligne, qui deviendra son terrain de jeu et d’expérimentation du marketing.

L’offre évolue au gré de ses intérêts, de ses rencontres et de ses découvertes et l’espace commercial se transforme en lieu de diffusion artistique foisonnant et multidisciplinaire. Cette expérience entrepreneuriale lui permettra de s’intégrer dans la scène culturelle de Québec, grâce à des collaborations allant de la scénographie aux prestations musicales « in-store » d’artistes émergents — la toute première prestation en public de Gus Englehorn figurant parmi ses moments préférés de ce chapitre.

« Au Grand Théâtre, je retrouve des visages familiers de cette époque, se réjouit-il. Je me sens à nouveau connecté dans la communauté artistique. C’est vraiment quelque chose qui me fait vibrer. »

Du design à la stratégie

Inspiré par ces rencontres et collaborations, il retourne sur les bancs d’école en design graphique. Initialement farouchement attaché au papier, à la photographie argentique et aux techniques artisanales, il se laisse tranquillement conquérir par le numérique et ses défis. Son chemin le mène éventuellement à travailler avec de grands joueurs du e-commerce chez Novatize et à piloter des campagnes marketing d’envergure.

C’est ainsi qu’il tombera en amour avec les décisions basées sur les données et les indicateurs de performance, qu’il mange dorénavant matin, midi et soir.

Gus Englehorn
Photo : Gus Englehorn en prestation chez « Si les objets pouvaient parler »

Le pourquoi du comment

Originaire du Lac-Saint-Jean, il habite Québec depuis 2006 et carbure au bouillonnement des quartiers centraux — Saint-Jean-Baptiste, Limoilou, Saint-Sauveur. Les vernissages, les rencontres fortuites, les discussions improvisées font partie de son quotidien.

Aujourd’hui, ces réseaux croisent ceux du Grand Théâtre, et se déclinent autant dans le monde réel que virtuel. Il cherche comment les conjuguer.

« Je me pose tout le temps la question de plus, on dirait que je suis comme un enfant de cinq ans qui demande tout le temps Pourquoi », note-t-il.

Pourquoi ce spectacle attire-t-il sans convertir? Pourquoi certains abandonnent-ils en cours de parcours? Derrière chaque clic, il y a un récit à extraire.

« Je veux tester des hypothèses, résume celui qui se voit comme un scientifique en chef. L’avantage du marketing numérique est que tout est mesurable. Ma démarche est très itérative et mesurée. Je suis ouvert à tout si les chiffres me le prouvent. »

Bref, il prône la rigueur sans la rigidité, en considérant les données comme de précieux outils d’apprentissage.

Viser le leadership collaboratif

Il envisage son nouveau rôle de gestionnaire avec confiance. « Je sens que ça vient avec une responsabilité, et je dois me demander quel type de leader je vais être », explique le nouveau chef du service marketing numérique.

Ses années d’enseignement au cégep François-Xavier Garneau l’ont préparé à accompagner les talents plutôt qu’à imposer sa vision. « Ce n’est plus moi qui créerai tous les designs, ce n’est plus moi qui ferai tous les miracles, mais ce sera aussi valorisant de voir mon équipe se développer. »

Entre intuition et analyse, entre passion et données, Bruno-Clément Boudreault avance avec une idée simple : le numérique n’est pas une fin en soi. C’est un pont. Un moyen de relier, avec précision et sensibilité, les publics aux artistes.

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