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La Fondation de danse Margie Gillis rend hommage à notre poète national en mars 2026 au Grand Théâtre.


« Si on voulait danser sur mes paroles, on finirait par y trouver des pas », chante Gilles Vigneault dans Tam ti delam. La chorégraphe Margie Gillis l’a pris au mot en créant L’âme du poète, un spectacle de danse inspiré de sa poésie lumineuse et des forces de la nature.

La joie est un puissant carburant pour Margie Gillis, grande dame au sourire franc, à l’œil rieur, aux épaules larges et aux longs cheveux blancs. « Le monde est difficile et nos cœurs sont tendres. Pour combattre ça, il faut confronter nos tristesses, aller vers elles et les traverser pour atteindre la joie », affirme-t-elle avec sagesse.

« Pour Margie, oui »

S’il navigue dans une large gamme d’émotions, Gilles Vigneault a lui aussi facilement le cœur en liesse. Souvent jusqu’aux larmes, lorsqu’il est devant une œuvre qui le touche, comme celle de la chorégraphe et danseuse.

« Depuis quelques années, il refuse presque toutes les propositions. Mais lorsque j’ai soumis mon projet, il a répondu « Pour Margie, oui » », raconte celle-ci. Il faut dire que leurs familles se connaissent et que chacune de leurs rencontres artistiques a été d’une intensité exaltante.

« On est liés par le cœur, note-t-elle. On partage une philosophie qui est à la base de nos créativités : l’humanité est en connexion avec la nature, et cette connexion passe par nos corps. »

Il y a 20 ans

En 2005, Margie Gillis a chorégraphié et interprété le solo Voyage, à partir de la chanson Si les bateaux de Gilles Vigneault. La pièce de trois minutes a pris de l’ampleur grâce au compositeur Gaétan Lebouf. « Gilles est venu dans le studio avec lui. Il a crié, prié, parlé, chanté cette chanson et on a intégré ça dans une composition de 22 minutes », souligne la créatrice.

Entouré d’autres pièces sur des poèmes et chansons choisis par Vigneault lui-même, Voyage est devenu la partie centrale de L’âme du poète. Il est dansé par Alexandra Caron, qui incarne la Muse, entourée de Danny Morissette, qui personnifie le Poète, et d’un groupe de danseurs et de danseuses d’origines diverses.

« Je voulais rassembler des Québécois pures laines et des gens qui ne connaissaient pas du tout Gilles et sa musique. C’est extraordinaire de trouver quelqu’un qui accède tout juste à la magie de son univers! J’aimerais que cette œuvre très québécoise résonne pour l’humanité dans son ensemble. J’espère qu’on pourra montrer ce spectacle partout. »

Photo Gilles Vigneault

Un pont entre les générations

Le désir de transmettre son legs et de garder son répertoire vivant est au centre des préoccupations de Margie Gillis depuis plusieurs années. Elle a d’ailleurs été marquée par le constat de Gilles Vigneault lorsqu’il a vu Voyage : « Maintenant, je sais que j’aurai une vie après ma mort. Les générations qui vont suivre connaissent mon travail et en comprennent l’esprit. »

Son projet Héritage, instauré en 2014, cherche à assurer la pérennité de sa compagnie, en intégrant une nouvelle génération d’artistes en danse. Les plus jeunes sont encouragés à intégrer leurs visions et leur propre identité à travers l’apprentissage d’une œuvre chorégraphique.

Les trois fondatrices de La Tresse (Geneviève Boulet, Erin O’Loughlin et Laura Toma) ont participé aux décisions artistiques de L’âme du poète, en plus de faire partie des interprètes. « Leur résonance était très importante pour moi », souligne Margie Gillis. Sa compagnie, créée en 1981, prend ainsi sous son aile une compagnie née en 2014 qui lui donne un nouvel élan en retour.

La nature comme sanctuaire

L’âme du poète a pris forme à Acton Vale durant l’été 2024, dans une petite église anglicane nichée dans un charmant boisé. Le bâtiment appartient à la famille de Margie Gillis, tout comme la maison Würtele, située juste à côté.

« Tout le monde était ravi d’être là, nous étions comme des animaux qui avions faim de se lancer dans cette poésie magnifique et très intime », raconte la chorégraphe. Ce décor de conte était la bulle parfaite pour créer des mouvements sur les strophes remplies de vent, de vagues et de montagnes de Gilles Vigneault.

La trame sonore du spectacle est d’ailleurs ponctuée du son d’un cours d’eau, qui agit comme liant tandis que les éclairages de Pierre Lavoie, complice de longue date, enveloppent les déferlantes de tissus et les jupes à crinolines. « Visuellement, ça ressemble un peu aux toiles de Maxfield Parrish. Il y a beaucoup de blanc où l’on voit la réflexion des nuages, de l’eau, de la terre, des animaux et des arbres. »

Mouvements de l’âme

Un passage de l’œuvre évoque une rivière qui danse puis un autre rappelle la neige qui virevolte et couvre tout. Sur la chanson J’ai planté un chêne, une danseuse vêtue d’une grande robe verte et juchée sur les épaules d’un danseur personnifie l’arbre gigantesque.

« C’est symbolique, comme un conte, tout en simplicité, en tendresse, indique Margie Gillis. J’aime les mouvements qui sont naturels, qui demandent un mélange de discipline et de vulnérabilité. »

Alors que Gilles Vigneault a tracé un chemin pour amener la société à grandir, Margie Gillis veut l’amener à guérir en lui rappelant que la beauté existe. En ancrant la spiritualité dans les corps et dans les sens, elle crée à tout coup des œuvres qui font du bien.


Le spectacle L’âme du poète sera présenté le dimanche 29 mars 2026 à 16 h à la salle Louis-Fréchette.

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