Photo de la chronique
Photo : Laurence Labat

Entretien avec Benjamin Phaneuf et Véronique Bigras

L’entrevue se déroule sur écran, « dans » la cuisine de Véronique Bigras et Benjamin Phaneuf, qui est un peu devenue — télétravail oblige — le quartier général du Groupe Phaneuf au cours des derniers mois. Si l’innovation et la débrouillardise font partie de l’ADN de l’entreprise familiale depuis ses débuts, la pandémie aura tout de même forcé le lauréat du premier Olivier Producteur de spectacles de l’année, en 2019, à défricher un nouveau terrain : le spectacle d’humour virtuel.

« Au début, on n’y croyait pas! », lance Benjamin Phaneuf, qui considère que l’amour de la scène et du spectacle est la première condition pour faire affaire avec un artiste. Mais comme l’adaptation, l’innovation et l’engagement sont aussi des qualités recherchées au sein de l’équipe et des talents qu’elle met de l’avant, il allait de soi que le groupe allait trouver des formules pour rejoindre le public.

« Ça a permis à tout le monde de continuer à travailler », indique Véronique Bigras, directrice marketing, ressources humaines et milieu de vie et depuis peu, actionnaire de Groupe Phaneuf. « Les techniciens de scène sont devenus des techniciens Zoom, l’équipe du marketing est devenue l’équipe soutien client corporatif, on s’est tous réinventés. Je crois qu’on peut être fier de cette année-là. »

Cent trente spectacles virtuels ont ainsi été produits par Phaneuf en 2020, et le chiffre continuera de gonfler. « Ça correspond à un besoin dont on ne connaissait pas l’existence avant la pandémie, expose Véronique. Pour des entreprises qui ont des bureaux à travers le Québec, c’est compliqué et extrêmement coûteux de rassembler tous leurs employés pour un party de Noël, par exemple. Recevoir un show d’humour dans ton salon, entouré de ta famille, voir tes collègues danser dans leur cuisine, il y a quelque chose d’hyper chaleureux, rassurant et rassembleur là-dedans. »

Louis-Jose Houde au Grand Theatre en 2018
François Bellefeuille au Grand Theatre en 2019
Simon Leblanc au Grand Theatre en 2017
Logo du groupe Phaneuf
Louis-José Houde sur la scène du Grand Théâtre (2018)

Photo : Jean-François Gravel

François Bellefeuille lors de son passage au Grand Théâtre (2019)

Photo : Marc-Antoine Hallé

L'humoriste Simon Leblanc au Grand Théâtre (2017)

Photo : Catherine Tétreault

Le groupe a fêté ses 50 ans en 2020!

De Nana Mouskouri à Louis-José Houde

L’aventure du Groupe Phaneuf commence en 1970, alors que Luc Phaneuf, âgé d’à peine 17 ans, organise un spectacle de Nana Mouskouri à Saint-Jean-sur–Richelieu, dans la salle qui deviendra celle du Théâtre des Deux Rives. Deux ans plus tard, le jeune homme doué pour se faire des contacts devient l’impresario de Plume Latraverse, puis du regretté pianiste André Gagnon. Pendant trois décennies, l’entreprise grandit et produit des spectacles musicaux, thématiques et à grand déploiement, comme ceux de la Saint-Jean-Baptiste et de la Fête du Canada. « C’était un Québec où le showbiz était encore à construire. Il n’y avait pas de billetterie, pas de circuit. Je crois que c’est ce qui faisait rêver Luc », note Véronique.

En 1995, Benjamin laisse tomber ses études pour suivre les traces de son paternel. À l’approche de leur majorité, les Phaneuf semblent immanquablement happés par le monde du spectacle. « Je vais devoir surveiller nos deux filles! », blague Véronique, qui a encore quelques années pour les préparer.

Au début des années 2000, notamment avec l’arrivée de Louis-José Houde et de Patrick Groulx, le groupe Phaneuf se mettra à produire de plus en plus de spectacles corporatifs et de spectacles d’humour, jusqu’à en faire officiellement sa spécialité. « J’avais envie d’aider la discipline à se développer, tout était à bâtir », raconte Benjamin, qui a visiblement hérité de l’esprit de défricheur de son père. « En 2002, il y avait une douzaine de tournées par année en humour au Québec, maintenant c’est une soixantaine. »

Lorsqu’il rencontre Véronique, celle-ci a sa propre agence de pub. Un mariage et deux enfants plus tard, elle se joint officiellement à l’entreprise familiale pour construire de toute pièce une branche marketing. Dix ans plus tard, son équipe compte autant d’employés que celle de la production. « Ce qui définit Phaneuf, c’est d’être toujours un coup d’avance sur les autres pour le bénéfice de nos artistes et de leur créativité », se réjouit-elle.

Des plans sur mesure

Les artistes, justement, doivent mettre l’épaule à la roue, tant pour créer leurs spectacles que pour en faire la promotion. « On veut des gens qui s’impliquent autant qu’on s’implique », résume Benjamin. « Partir from scratch » est l’aspect le plus stimulant du métier, juge le producteur. Ensuite il faut être travaillant et patient. Ne pas avoir peur, par exemple, de faire une centaine de représentations en rodage avant de se frotter aux grandes salles comme celle du Grand Théâtre de Québec. « Le succès n’est jamais acquis, il y a tellement de compétition, il faut toujours travailler plus fort », soutient-il.

En contrepartie, la boîte n’applique pas le même modèle pour chaque artiste, il leur fait plutôt des plans de tournée et de promotion sur mesure. Pour le spectacle de François Bellefeuille, par exemple, Phaneuf a développé des publicités ciblées pour chaque ville de sa tournée. (« Ouin, Québec, tu me rappelles pas », ça vous dit quelque chose ?).

Une approche qui complexifie la promotion et qui demande beaucoup d’énergie, « mais on croit que ça fait toute la différence », note Véronique, qui traque les billets invendus de chaque représentation pour inciter les salles à faire des publications sur les réseaux sociaux. Lorsque c’est possible, des billets pour le spectacle de l’humoriste en première partie sont souvent vendus avec un pourcentage de rabais à l’entracte. « À la longue, ce travail au corps augmente les ventes de 10 à 15% », note Benjamin. « Je crois que notre créativité compense pour notre intensité », ajoute sa partenaire.

Depuis 2020, Phaneuf a mis de côté la gérance pour se concentrer sur la production de spectacles. Deux exceptions confirment la règle : Louis-José Houde et Plume Latraverse, dont les carrières sont liées à Phaneuf père et Phaneuf fils depuis le tout début. Alors que l’entreprise vient de franchir le cap du demi-siècle d’existence, elle continue d’être en constante transformation : pour l’avenir, la production et le marketing iront de paire, comme le couple qui est aux commandes de la boîte.

Passez une soirée remplie de rires au Grand Théâtre avec le talentueux Simon Leblanc, un artiste du groupe Phaneuf.

Pour en savoir plus sur le groupe Phaneuf et les artistes qu'il représente, visitez son site internet!

Plus récentes chroniques