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Photo : Krista Simoneau

Entretien avec Krista Simoneau

La petite agence de Krista Simoneau tire son nom d’une chanson de Karkwa, écrite pour le film La peur de l’eau, tourné aux Îles-de-la-Madeleine. « Les yeux boussoles pour moi, c’est de regarder au loin et d’essayer d’aligner les planètes pour qu’on se rende à la bonne destination. Ça ne fonctionne pas tout le temps, mais on garde le cap », note la gérante. Celle-ci avait déjà cumulé plusieurs années d’expérience au sein de l’équipe Spectra lorsqu’elle a décidé d’ouvrir sa propre agence, en 2012. Le décollage de la carrière solo de Louis-Jean Cormier, qui était alors son conjoint, lui a donné envie de faire le saut. « Je sentais que j’étais la meilleure personne pour l’épauler là-dedans et qu’on pouvait combiner nos forces », indique-t-elle. En contrepartie, la frontière entre le boulot et la maison est devenue de plus en plus poreuse. « Tu arrives à la maison et tu parles de telle entrevue, du prochain vidéoclip, explique Krista Simoneau. En gérance, tout est centré sur la carrière de l’artiste, mais entre conjoints, quand tout est centré sur l’autre personne, c’est difficile. Aujourd’hui on n’est plus un couple et nos échanges gérante-artiste sont plus faciles! »

Les Yeux boussoles représentent aussi Salomé Leclerc, Lou-Adriane Cassidy, Gabrielle Shonk et, depuis peu, Cindy Bédard. L’agente s’adapte aux personnalités de chacune et tient compte d’où elles sont rendues dans leur carrière pour conseiller et guider leurs choix. « Peu importe que ce soit de la relève ou des artistes établis, certains ont besoin de conseils, ils en veulent, ils sont à l’écoute et vont en tenir compte pour décider dans quelle direction on va, explique-t-elle. Salomé Leclerc travaille beaucoup comme ça. Elle aime avoir un feedback, on jase beaucoup. Lou-Adriane, par contre, sait déjà exactement ce qu’elle veut et où elle se voit. Donc l’accompagnement est un peu différent. Les conseils sont plus ciblés. »

Sa recommandation la plus fréquente : être patient. Devant un auteur-compositeur interprète qui trépigne à la perspective de sortir son prochain album dès l’enregistrement terminé, elle pèse doucement sur le frein. « Si on place nos pions d’avance, qu’on planifie déjà la tournée qui suivra, qu’on pense à la meilleure stratégie pour interpeler les journalistes, tout va être attaché au moment du lancement et la suite des choses sera beaucoup plus facile. » Patience, préparation et stratégie, tel pourrait être son modus operandi.

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Gabrielle Shonk
Lou-Adriane Cassidy
Louis-Jean Cormier

La complicité est aussi, évidemment, un élément essentiel pour construire une belle relation gérant-artiste. « Ce que j’aime des artistes avec qui je travaille en ce moment, c’est qu’ils sont ouverts aux propositions, il y a un dialogue. Faire de la gérance, c’est demandant au quotidien, alors il faut qu’il y ait une complicité avec l’artiste pour que ça fonctionne à long terme », indique-t-elle.

Lorsqu’on lui demande un exemple de défi rencontré, rien ne lui vient spontanément à l’esprit. « Il y en a tout le temps! Mais je te dirais que la pandémie a été un pas pire défi. Tout à coup il a fallu se tourner vers le virtuel, développer des actions innovantes pour rejoindre le public. » De l’eau au moulin a été apportée par Louis-Jean Cormier, qui a voulu développer une plateforme payante, comprenant du matériel exclusif pour les abonnés. Baptisé Le 360, ce site lancé avec le début du printemps comprend des épisodes, des rencontres, des collabos, des classes, des moments en coulisses et des partitions. « On en est vraiment fiers. Je n’ai pas vu d’autres artistes qui avaient ça. J’ai hâte que ce soit lancé, ça va nous enlever 100 livres de sur les épaules! », nous disait la gérante quelques jours avant le grand dévoilement.

Poussée hors de sa zone de confort, elle a dû trouver des alliés spécialisés en design Web (l’agence montréalaise Deux Huit Huit) ainsi qu’un réalisateur-monteur pour l’abondant contenu vidéo (Alex Doucet). Pour créer une forte adhésion dans une mer de contenu gratuit, l’équipe a misé sur la qualité. L’idée maîtresse était d’arrêter de donner du contenu aux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft — les cinq grandes firmes américaines qui dominent le marché du numérique) et d’offrir une vitrine à la culture d’ici. « Je me disais wow, quelle belle idée! Moi j’embarque », raconte Krista Simoneau. « C’est rare que je n’embarque pas, mais je dois trouver les avenues pour y arriver : faire des demandes de subventions, trouver les équipes, coordonner tout ça. » La polyvalence de Louis-Jean Cormier, qui peut avec une égale aisance tricoter des chansons avec d’autres artistes, donner des cours de guitare et parler devant une caméra, a été une des clés de la réussite du projet. « L’artiste est le pilote de l’avion. Moi je m’organise pour que ça vole, en finançant, en planifiant et en mettant les ressources nécessaires autour de lui », résume Krista Simoneau.

Appuyée par une, bientôt deux, employé(e)s, la gérante continue de prendre des contrats d’organisation de spectacles et de tournées (le « booking »), une expertise développée chez Spectra. « Quand je travaille avec Ariane Moffat, par exemple, je représente juste son spectacle de tournée. Je suis en contact avec tous les diffuseurs au Québec et je vérifie avec la gérante d’Ariane pour ne pas qu’il ait de conflit d’horaire », explique-t-elle.

Lorsqu’elle est gérante, elle élabore une stratégie plus complexe, qui touchent toutes les dimensions de la carrière de l’artiste : entrevues, demande de collaborations, prestations, spectacles, disques, projets parallèles… La tâche exige de bonnes compétences en gestion, mais aussi la capacité de voir à long terme et des qualités humaines. « C’est très émotif la gérance. L’artiste a des rêves qu’il veut réaliser et il y aura toutes sortes d’embûches sur le chemin. On est là pour rassurer, replacer les morceaux de casse-tête et trouver des solutions. Ça prend beaucoup d’empathie et de créativité! »

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